Charles Perrault, un académicien conteur
Charles Perrault (1628–1703) est à la fois un homme de cour, un académicien et une figure majeure de la littérature française. Sa carrière se déroule dans l’entourage de Colbert, au sein de l’administration royale, avant que son nom ne soit associé aux contes. La Querelle des Anciens et des Modernes donne à ses prises de position une portée littéraire et politique. Dans ce contexte, la mise par écrit de récits transmis oralement s’adresse aux salons autant qu’aux jeunes lecteurs.
Au service de Louis XIV
Né en 1628 et mort en 1703, Charles Perrault mène une carrière au cœur de l’administration royale. Collaborateur de Colbert, il participe à l’activité des services de la cour, où les décisions concernant les arts et les bâtiments s’inscrivent dans la politique de Louis XIV. Cette proximité avec le pouvoir lui donne une connaissance directe des institutions et des milieux lettrés.
En 1671, Perrault est élu à l’Académie française. Cette reconnaissance l’intègre aux débats sur la langue, les œuvres et les modèles littéraires, au moment où la cour et les salons accordent une place importante aux échanges d’idées. Son parcours d’administrateur et d’académicien éclaire ainsi le public auquel il s’adresse : un lectorat cultivé, habitué aux conversations mondaines et aux formes nouvelles de divertissement.
La querelle des Anciens et des Modernes
La lecture du Siècle de Louis le Grand à l’Académie française, en 1687, déclenche la Querelle des Anciens et des Modernes. Dans ce poème, Perrault célèbre son époque et conteste l’idée que les œuvres de l’Antiquité constituent un sommet que les écrivains ne pourraient dépasser. La controverse porte sur les critères du jugement littéraire : faut-il tenir les modèles grecs et romains pour des références indépassables, ou reconnaître que les savoirs et les arts peuvent progresser avec le temps ?
Perrault prend le parti des Modernes, face notamment à Boileau, défenseur des Anciens. Il ne s’agit pas de nier l’importance des auteurs antiques, mais de refuser qu’ils imposent seuls leurs règles aux écrivains du XVIIe siècle. Pour les Modernes, les créations de leur temps peuvent répondre à des goûts et à des connaissances différents, sans être pour autant inférieures. Cette opposition dépasse le choix des modèles : elle interroge la capacité d’une époque à produire ses propres formes et à faire évoluer la littérature.
Transposer des contes issus de la tradition orale dans un texte travaillé participe de cette démarche. Ces récits, transmis et transformés au fil des échanges, ne sont pas réservés aux livres savants ni aux sujets empruntés à l’Antiquité. Leur donner une forme écrite revient à faire entrer une matière familière et populaire dans la conversation littéraire, en l’adaptant aux attentes de lecteurs instruits. Le geste est moderne parce qu’il reconnaît une valeur à des histoires anciennes par leur circulation orale, plutôt qu’à leur seule origine prestigieuse.
Les contes pour enfants ne résument donc pas leur premier horizon de réception. Dans les salons, raconter, écouter et commenter une histoire relève aussi du divertissement et du jeu d’esprit ; les lecteurs adultes peuvent apprécier le choix des motifs, les détours du récit et ses résonances. Perrault s’adresse à ce public salonier autant qu’aux enfants, en faisant d’un matériau transmis oralement une forme susceptible de circuler entre générations et milieux de lecture.
Histoires ou contes du temps passé (1697)
En 1697, Claude Barbin publie les Histoires ou contes du temps passé sous le nom de Pierre Perrault Darmancour, le fils de Charles Perrault. Le recueil réunit huit récits en prose, dont les intrigues mettent en scène des princesses, des ogres, des animaux rusés et des objets merveilleux. Ces textes côtoient, dans l’œuvre de Perrault, des contes en vers parus quelques années auparavant. La formule « contes de ma mère l’Oye », visible sur le frontispice, rattache ces récits à une tradition orale associée aux vieilles femmes. Leurs titres et leurs personnages sont aujourd’hui parmi les plus familiers de la littérature française.
Les huit contes en prose
L’édition de 1697 rassemble huit récits en prose. Chacun associe une intrigue reconnaissable à des figures et à des motifs merveilleux.
- La Belle au bois dormant : une princesse est plongée dans un long sommeil.
Le Petit Chaperon rouge : un loup trompe une fillette dans la forêt. - La Barbe bleue : une jeune épouse découvre le secret de son mari.
Le Maître chat ou Le Chat botté : un chat rusé aide son maître à s’élever. - Les Fées : deux sœurs reçoivent des dons opposés.
Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre : une jeune fille va au bal grâce à sa marraine. - Riquet à la houppe : un prince singulier échange beauté et esprit.
Le Petit Poucet : le plus jeune d’une fratrie déjoue les dangers par son astuce.
La liste exacte comprend donc ces huit titres, publiés par Claude Barbin sous le nom de Pierre Perrault Darmancour. Elle fait coexister des récits de ruse, des épreuves familiales et des transformations merveilleuses.
Les contes en vers
Avant le recueil en prose de 1697, Charles Perrault avait publié trois contes en vers, à des dates distinctes : Griselidis en 1691, Les Souhaits ridicules en 1693 et Peau d’Âne en 1694. Leur forme versifiée les distingue des huit récits en prose réunis dans les Histoires ou contes du temps passé.
Ces dates situent les textes dans une séquence de publication qui précède le recueil associé aux contes de ma mère l’Oye. Les trois titres en vers appartiennent au répertoire de Perrault, mais ne font pas partie des huit contes en prose de l’édition de 1697.
Pourquoi « contes de ma mère l’Oye »
La formule « contes de ma mère l’Oye » figure sur le frontispice du recueil de 1697. Elle signifie « contes de vieilles femmes » et évoque des récits transmis oralement, associés aux veillées et à la parole des nourrices.
- La Belle au bois dormant reste connue pour son sommeil enchanté et le réveil de la princesse.
- Le Petit Chaperon rouge est immédiatement associé à la rencontre de l’enfant et du loup.
- Le Chat botté s’impose par l’animal parlant qui agit avec ruse pour son maître.
- Cendrillon demeure liée au bal, à la pantoufle de verre et à la transformation merveilleuse.
- Le Petit Poucet est retenu pour le jeune héros qui compense sa petite taille par l’intelligence.
Ces cinq récits comptent parmi les Contes de Perrault les plus connus aujourd’hui. La référence à la mère l’Oye souligne ainsi le lien entre l’écriture de Charles Perrault et des histoires populaires racontées de génération en génération.
Résumés des contes de Perrault
Ces cinq récits de Charles Perrault suivent des personnages confrontés à des dangers, des épreuves ou un changement de fortune. Une fillette rencontre un loup, une jeune femme trouve sa place à la cour et un chat transforme l’héritage de son maître en réussite. D’autres contes font surgir un ogre ou un époux meurtrier, sans écarter les ruses et les secours qui font avancer l’intrigue. Chaque résumé restitue les principaux épisodes de la version de Perrault, puis précise la moralité qui accompagne le récit.
Le Petit Chaperon rouge
La mère du Petit Chaperon rouge l’envoie porter une galette et un petit pot de beurre à sa grand-mère malade, qui habite dans un village voisin. En chemin, la fillette rencontre un loup qui lui demande où elle va et où demeure sa grand-mère ; elle lui indique sans méfiance l’adresse de la maison. Le loup choisit le chemin le plus court, arrive le premier et dévore la vieille femme après être entré chez elle. Quand l’enfant arrive, il prend la place de la grand-mère dans son lit et répond à ses questions sur ses grands yeux, ses grandes oreilles et ses grandes dents. Le loup finit par dévorer la fillette : dans le récit de Perrault, personne ne vient les délivrer et aucun chasseur n’intervient. La moralité met en garde contre les loups, surtout ceux qui abordent les jeunes filles avec des paroles doucereuses pour les entraîner dans le danger.
Cendrillon
Après la mort de sa mère, Cendrillon vit sous l’autorité de sa belle-mère et de ses deux demi-sœurs, qui la traitent en servante. Grâce à sa marraine, une fée, elle se rend au bal dans un carrosse tiré par des souris changées en chevaux, avec d’autres animaux métamorphosés pour l’accompagner. Elle doit quitter la fête avant minuit, car le sortilège prend fin à cette heure ; lors d’un second bal, elle perd une pantoufle de verre en s’enfuyant. Le prince fait essayer la chaussure aux jeunes femmes du royaume, et elle seule peut y glisser son pied. Reconnaissante envers ses demi-sœurs, Cendrillon leur pardonne et les fait marier à deux grands seigneurs, tandis qu’elle épouse le prince. La moralité souligne que la grâce et les qualités personnelles peuvent ouvrir les portes, mais qu’elles gagnent à être soutenues par une marraine ou un appui.
Le Chat botté
À la mort du meunier, son plus jeune fils reçoit pour seul héritage un chat, qui lui demande un sac et une paire de bottes afin de montrer son habileté. Le chat capture des lapins et des perdrix dans son sac, puis les offre au roi au nom de son maître, qu’il présente comme le marquis de Carabas. Il organise ensuite une rencontre avec le roi : le jeune homme se baigne dans une rivière, tandis que le chat prétend que des voleurs ont dérobé ses vêtements ; le roi lui en fait fournir de magnifiques. À mesure que le carrosse royal avance, le chat demande aux paysans de dire que les terres appartiennent au marquis, puis conduit le cortège au château d’un ogre. Il convainc celui-ci de se transformer en souris et le dévore, ce qui permet à son maître de s’approprier le château et d’épouser la princesse. La moralité valorise l’industrie et l’adresse, qui peuvent faire réussir celui que son héritage modeste semblait désavantager.
La Barbe bleue
Barbe bleue épouse une jeune femme et, avant de partir en voyage, lui confie les clés de sa maison en lui interdisant d’ouvrir une petite pièce. Malgré cet ordre, elle y entre et découvre les corps des anciennes épouses de son mari, suspendus aux murs. La clé tombe dans le sang et reste tachée, même lorsque la jeune femme tente de la nettoyer ; cette marque révèle à Barbe bleue qu’elle a désobéi. Furieux, il lui ordonne de se préparer à mourir, tandis qu’elle demande à sa sœur Anne de surveiller l’arrivée de leurs frères. Ceux-ci surviennent à temps et tuent Barbe bleue, sauvant la jeune femme. La moralité traditionnelle blâme la curiosité, mais le dénouement rappelle aussi la violence extrême de Barbe bleue, qui assassine ses épouses et menace la nouvelle.
Le Petit Poucet
Un bûcheron et sa femme, trop pauvres pour nourrir leurs sept fils, les abandonnent dans la forêt ; le plus jeune, le Petit Poucet, a entendu leur projet. Lors d’un premier abandon, il sème des cailloux blancs qui permettent aux frères de retrouver leur chemin, mais, la fois suivante, les miettes de pain qu’il laisse sont mangées par les oiseaux. Les sept garçons arrivent chez un ogre et passent la nuit dans la même chambre que ses sept filles, reconnaissables à leurs couronnes. Pendant leur sommeil, Poucet échange les bonnets des garçons contre les couronnes des filles ; l’ogre, trompé par cette inversion, tue ses propres enfants. Le Petit Poucet subtil s’empare ensuite des bottes de sept lieues de l’ogre endormi et s’en sert pour courir chercher de l’aide et rapporter de l’argent à sa famille. La moralité met en valeur la finesse d’esprit du plus petit, qui l’emporte sur la force grâce à sa prévoyance et à ses ruses.
Les moralités
Dans les Contes de Perrault, chaque récit s’achève par une ou deux moralités en vers qui orientent la lecture et prolongent l’histoire au-delà de son dénouement. Elles s’adressaient d’abord aux lecteurs adultes de la fin du XVIIe siècle : leur ton, parfois galant ou ironique, ne correspond pas toujours à celui d’une leçon destinée directement aux jeunes enfants. Ces quelques vers condensent une interprétation possible du récit, sans transformer nécessairement tous ses personnages ni tous ses périls en règles générales.
La moralité du Petit Chaperon rouge met en garde les jeunes filles contre les « loups » séduisants, capables de cacher leurs intentions derrière des paroles aimables et une apparence rassurante. Le danger ne vient donc pas seulement du loup rencontré dans la forêt : la moralité transpose le conte dans les relations sociales et avertit contre les hommes qui cherchent à gagner la confiance des jeunes femmes. Cette lecture reflète les préoccupations de l’époque de Perrault ; elle éclaire le sens du texte sans réduire le récit à une simple consigne de prudence.
Le Chat botté se distingue par deux moralités, qui ne tirent pas exactement la même leçon des aventures du fils du meunier. La première valorise l’industrie et l’ingéniosité : le chat, par ses initiatives et ses calculs, aide son maître à s’élever malgré le peu qu’il a reçu en héritage. La seconde attire l’attention sur le pouvoir de l’apparence et des signes de rang : les vêtements, la prestance et le titre de marquis contribuent à faire croire à la noblesse du jeune homme. Le conte joue ainsi avec l’écart entre ce que l’on est et ce que l’on paraît être, plutôt que de présenter une réussite fondée uniquement sur le mérite.
Pour des enfants de 8 à 10 ans, comparer la morale annoncée aux actions des personnages rend la discussion concrète : demandez-leur si la leçon leur paraît juste, drôle ou encore pertinente aujourd’hui, et quel détail du conte leur fait penser ainsi.
Lire Perrault aujourd’hui
Choisir une édition de Charles Perrault, c’est d’abord ajuster la lecture à l’âge et à l’aisance de l’enfant face au texte. Les albums adaptés privilégient souvent des phrases plus courtes et des images nombreuses, tandis qu’une édition intégrale conserve la langue et les épisodes du récit ancien. Le format, la taille des caractères et la place accordée aux illustrations influencent autant le confort de lecture que le nombre de pages. Une découverte progressive permet de rencontrer d’abord les récits les plus accessibles, puis ceux dont les scènes demandent davantage de recul.
Quel conte à quel âge
Les âges ci-dessous sont des repères de lecture partagée, non des seuils obligatoires : l’attention de l’enfant et sa sensibilité aux scènes comptent aussi. À chaque titre, le choix entre texte intégral et album modifie la longueur, la syntaxe et le rythme de lecture.
| Conte | Âge conseillé | Texte intégral | Album adapté |
|---|---|---|---|
| Cendrillon | Dès 4–5 ans, accompagné | La langue ancienne et les phrases développées demandent une lecture à voix haute ; une édition seule du conte tient souvent en quelques dizaines de pages. | Souvent 24 à 40 pages ; texte bref, caractères généralement grands et illustrations présentes à chaque étape du récit. |
| Le Chat botté | Dès 4–5 ans, accompagné | Les tournures du XVIIe siècle et les changements de situation gagnent à être expliqués pendant la lecture. | Un album de 24 à 40 pages condense les épisodes ; les images rendent plus lisibles les ruses et les transformations du récit. |
| Le Petit Poucet | À partir de 6 ans | Le texte intégral développe les péripéties et comporte des phrases plus longues ; une lecture en plusieurs séances peut convenir. | Environ 24 à 40 pages dans de nombreux albums ; le découpage visuel aide à suivre les déplacements et les personnages. |
| La Barbe bleue | À partir de 8 ans | Les scènes de menace et de violence sont racontées sans détour ; le texte intégral convient mieux si l’enfant peut en parler avec un adulte. | La sélection des épisodes et le traitement des images varient selon l’adaptation ; vérifier que les scènes correspondent à la sensibilité de l’enfant. |
Ces nombres de pages sont indicatifs : format, maquette et présence d’autres récits font varier les éditions. Dans un texte intégral, les caractères sont souvent plus petits, les phrases plus longues et les illustrations moins fréquentes ; un album réduit généralement le texte par page et multiplie les images. Pour une première découverte, commencez vers 4–5 ans par Cendrillon ou Le Chat botté en album, puis proposez Le Petit Poucet autour de 6 ans. Gardez La Barbe bleue pour 8 ans ou davantage, lorsque l’enfant est prêt à entendre les passages violents et à en discuter.
Éditions illustrées
Les illustrations de Gustave Doré offrent un exemple marquant d’édition illustrée : elles accompagnent Les Contes de Perrault dans l’édition Hetzel publiée en 1862. Pour choisir entre ce type de volume intégral et un album contemporain, comparez surtout ces critères :
- Taille du texte : un corps de caractères généreux, souvent autour de 16 à 20 points dans un album jeunesse, facilite le suivi par un lecteur débutant.
- Longueur des phrases : le texte intégral conserve les tournures de Perrault ; une adaptation les raccourcit souvent pour une lecture autonome plus fluide.
- Place des images : un album propose généralement une illustration sur de nombreuses pages, tandis que les images d’un recueil intégral sont plus espacées.
- Nombre de pages : un album raconte souvent un conte en 24 à 40 pages ; un recueil intégral rassemble plusieurs récits dans un volume plus épais.
- Lisibilité des scènes : examinez le contraste du texte, la taille des caractères et la façon dont les images représentent les épisodes les plus intenses.
Pour un premier contact, un album illustré et lisible est souvent le plus confortable ; une édition intégrale prend le relais quand l’enfant peut suivre des phrases plus longues.
Questions fréquentes sur les contes de Perrault
Ces repères précisent les décomptes, les variantes célèbres et les différences de lecture autour des contes de Perrault.
Combien de contes Charles Perrault a-t-il écrits ?
Charles Perrault a écrit huit contes en prose réunis en 1697, auxquels s’ajoutent trois contes en vers. Le chiffre huit désigne les récits du recueil Histoires ou contes du temps passé ; onze correspond au total si l’on compte également les textes versifiés. Ces derniers sont Griselidis, Peau d’Âne et Les Souhaits ridicules, publiés avant le recueil en prose. Le décompte varie donc selon que l’on parle du volume de 1697 ou de l’ensemble des contes de l’écrivain, sans contradiction sur les huit récits en prose. La liste des contes permet de retrouver les titres et de distinguer ces deux ensembles, une différence utile pour lire ou étudier l’œuvre.
Pantoufle de verre ou pantoufle de vair ?
Dans le texte de 1697, Cendrillon porte une pantoufle de verre. La lecture « vair », qui désigne une fourrure, apparaît plus tard et se popularise notamment avec Balzac ; elle transforme la chaussure en objet de peau. Cette interprétation repose sur l’idée qu’une pantoufle de fourrure conviendrait mieux au contexte matériel du conte, mais elle ne correspond pas au mot imprimé par Perrault. L’édition originale indique bien « verre » et n’apporte aucun appui textuel à la variante « vair ». Pour citer fidèlement le conte, il faut donc retenir la pantoufle de verre, tout en reconnaissant que l’hypothèse du vair est devenue célèbre dans les discussions sur les variantes et leur transmission.
Quelle est la morale du Petit Chaperon rouge ?
La moralité met en garde contre les « loups » séduisants : des hommes qui abordent les jeunes filles par des paroles aimables, mais leur veulent du mal. Dans le récit, le loup agit d’abord par la ruse et la conversation plutôt que par la force ; le danger naît de la confiance qu’il obtient en se faisant passer pour familier. Les vers donnent à l’animal une portée sociale, tout en employant une formule appuyée qui crée une certaine ironie. Cette moralité ne se réduit donc pas à une règle générale sur l’obéissance : elle invite à examiner la séduction, le langage et les rapports de pouvoir. Les pistes de discussion autour du conte permettent de confronter cette lecture à l’action du Petit Chaperon rouge.
Quelle différence entre Perrault et les frères Grimm ?
Les frères Grimm publient leurs versions à partir de 1812, après celles de Perrault, et plusieurs dénouements diffèrent. Dans Le Petit Chaperon rouge, le récit de Perrault s’achève tragiquement, tandis que la version des Grimm fait intervenir un chasseur qui délivre l’enfant et sa grand-mère. Le dénouement est un premier critère de comparaison ; le style en est un autre, entre la moralité explicite de Perrault et le développement narratif des versions allemandes. Le public visé et le contexte de transmission comptent aussi : les Grimm recueillent et remanient des récits populaires, tandis que Perrault compose une œuvre littéraire destinée aux lecteurs de son temps. Comparer les scènes et les fins permet de distinguer les variantes sans les confondre sous un récit unique.